Patrimoine linéaire. Faut-il rouvrir les liaisons closes?
n° 398
Voici une vue, prise le 7 février 2010, du massacre en cours, au nord de Besançon, sur l'antenne de Devecey, "sauvée" de l'abandon par la LGV Rhin-Rhône.
On le sait, les premiers kilomètres de l'ancienne ligne à double voie Besançon - Vesoul sont en cours de réhabilitation, afin d'offrir une liaison entre la gare Viotte et la gare TGV actuellement en construction. Ce qui, en soi, est une bonne chose. On s'attendait à un renouvellement classique de la voie, des traverses et du ballast, favorisé d'ailleurs par la largeur généreuse de la plate-forme, ainsi qu'à quelques confortements nécessités ici et là par une absence prolongée d'entretien.
C'est en fait à une véritable démolition de l'infrastructure PLM que l'on assiste : godets et brises-roches creusent en-dessous, creusent à droite, creusent à gauche, et creuseraient même au-dessus si c'était possible. Les admirables murs de soutènement assemblés par les anciens partent en "six-roues" à la décharge. En fait, RFF utilise le linéaire de la ligne pour faire du business. Et quand les pelles auront abandonné le terrain, une noria de toupies viendra couler le béton.
Ainsi, ce qui fut une belle ligne de chemin de fer, riche en ouvrages d'art et parfaitement intégré à son environnement encore un peu rural et forestier, va devenir un ersatz de RER, en mal de tags et de caddies balancés des talus.
Au final, et du strict point de vue du patrimoine, mieux vaut, semble-t-il, une voie ferrée définitivement déclassée que ré-ouverte au trafic des voyageurs. Au mieux, elle deviendra une voie verte, respectueuse, faute de crédits suffisants, des belles pierres du ferroviaire. Au pire, elle donnera du plaisir à quelques farfelus bravant les ronces et les fondrières pour retrouver les itinéraires du passé.
Heureusement, si l'on peut dire, cela devient trés compliqué de desservir à nouveau une section délaissée. Ainsi, au coeur de la Haute Provence, la réouverture à l'étude du tronçon Digne - Saint Auban nécessite - nouvelle réglementation oblige - le remplacement par des ouvrages dénivelés de quinze passages à niveau, le plus souvent traversés par les seuls rayons du soleil, les jours de beau temps.
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18/01/2010
Les TGV ne feront pas la queue aux péages.
n° 397
A la mi-janvier, après des semaines d'une exploitation calamiteuse, la neige n'expliquant pas tout, on attendait, de la part de la Direction de la SNCF, des excuses et des explications. Non, rien. Ce silence assourdissant fut rompu le 18 janvier par un article du quotidien les Echos, révêlant au lecteur abasourdi que les "technocrates éthérés" de l'opérateur historique étaient en fait trés occupés à choisir quels TGV, faute d'un remplissage suffisant, devaient cesser de rouler en 2011, leurs analyses pointant notamment du doigt les rames desservant la gare de Meuse_TGV, qui, même en période de pointe, ne doit pas connaître la bousculade endurée le vendredi soir par les voyageurs en correspondance à Lyon_Part Dieu.
Tollé des élus, démenti pépyiste, gros yeux du Ministre : le buzz a fonctionné comme prévu. Un incendie a été allumé sur le front de l'est, désormais surveillé par tous. Les bourreaux du TGV vont maintenant pouvoir opérer en parfaite tranquillité sur tout le reste du territoire, les grincheux leur tournant le dos. Les derniers Corail du sud du Massif Central passeront ainsi à la trappe sans coup férir.
C'est que, dans la Grande Maison, les maniaques du tableur à menus déroulants ne sont obnubilés que par un seul indicateur : la rentabilité par siège. Quand les péages augmentent et que les gens voyagent moins ou le moins cher possible, l'effet de ciseau est implacable. Résultat : il faut tailler dans le vif des relations les moins juteuses. Quitte à mettre sous cocon une partie du parc.
Jadis, en fin de semaine, on doublait voire triplait les trains. Qui ne se souvient des batteries de Capitole dans les starting-blocks en gare de Paris_Austerlitz, le vendredi soir? Alors, les exploitants étaient au commande. Aujourd'hui, en fin de semaine, à matériel constant, on est parti pour doubler voire tripler les prix. Ce sont les financiers qui sont au commande.
Ah oui, j'oubliais, mon billet TGV d'heure de pointe vient d'augmenter de 3%. Monsieur Pépy avait annoncé une moyenne indécodable de 1,9%. Pour cette manipulation éhontée du client, nous le condamnons à manger la barbe qu'il vient de se laisser pousser.
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08/01/2010
Avignon_TGV : quand la pelle manque à l'appel.
n° 396
Ainsi se présentait le hall pair de la gare d'Avignon_TGV, au petit matin du dimanche 10 juin 2001, date de son ouverture au service des voyageurs, peu avant l'arrêt, à 6h 40, du premier TGV commercial à destination de Bruxelles. Dix ans bientôt que ses quais sont toujours aussi glissants par temps humide, que le hall impair prend l'eau dés qu'il pleut, et que l'ensemble devient inaccessible à la première chute de neige. L'architecte et le bureau d'étude, qui, depuis, se sont tirés avec le magot, ne savaient pas qu'en Provence, les cigales ne chantent que deux mois par an.
La gare d'Avignon_TGV, indéniablement, a du succès. Le réseau ferroviaire ayant été asséché à 200 km à la ronde, on y vient, en voiture, prendre le train depuis les Cévennes, la Haute-Provence,et de bien plus loin encore. Seulement voilà, les accès à la gare, aux parkings et à la dépose-minute ont été pensés en dépit du bon sens, et, aux heures de pointe, règne un indescriptible chaos automobile qui se solde par une quarantaine de minutes de pare-choc à pare-choc pour gagner ou quitter le célèbre BV lenticulaire.
Saupoudrez le tout de quelques centimètres de neige, et l'accès à la gare TGV d'Avignon devient impossible aux particuliers comme aux taxis et aux navettes TCRA (1). Infolignes vous invite alors à reporter votre voyage.
C'est ce qui s'est passé le vendredi 8 janvier 2010. Au cours de la nuit, il était tombé une vingtaine de centimètres de neige. Et pendant quarante-huit heures, les TGV vont desservir une gare qu'on ne pouvait pas approcher en voiture à moins de 800 m. Je compte parmi les quelques fantômes qui ont débarqué ce soir-là en Avignon d'un TGV ne dépassant pas les 160 km/h sur ligne nouvelle.
Premier constat : le quai impair n'était pas déneigé. Pas plus que les escaliers extérieurs. Dans l'obscurité, la mare à crapauds gelée et enneigée, qui pouvait sembler au voyageur-esquimau un terrain propice à la progression, n'était pas même signalée. On se demande alors pourquoi l'on paie si cher son billet en période de pointe, si c'est pour se rompre le cou sur le domaine de "Gares et Connexions".
Second constat, cette fois sur le domaine d'Effia. Depuis l'aube, pas un cm2 de parking n'avait été déblayé. Espérer sortir son véhicule de là : impensable. Il est vrai que la seule représentation d'Effia, sur place, ce sont des caisses automatiques, qui n'ont pas été programmées pour balayer la neige, mais pour rendre hors de prix l'heure de stationnement.
Troisième constat, cette fois sur le domaine public. La gare d'Avignon_TGV est sans doute l'endroit le plus fréquenté du Vaucluse, mais le déblaiement de ses voies d'accès n'est pas prioritaire. Et pourtant, ici, les impôts locaux sont parmi les plus élevés de France.
Que vous soyez client ou citoyen, plus vous payez, moins on se décarcasse (2).
Jadis, c'est à dire avant le TGV, dans chaque gare, dans chaque bâtiment de service, dans chaque locomotive, il y avait au moins une pelle, une simple pelle, et des cheminots pour s'en servir. Et celui qui refusait de déblayer la neige était révoqué sur le champ, sans que l'ensemble des syndicats déclarent dans l'heure la grêve illimitée.
Aujourd'hui, la plupart des gares ont fermé, les pelles ont été jetées, et les ordinateurs ont remplacé les hommes. Il en résulte un chemin de fer fragile, hyper-sensible au premier aléa venu. Savez-vous, M. Pépy, que, jadis, un train supprimé ou retardé de six heures - un événement devenu banal en 2010 - aurait valu son poste au Directeur Général de la SNCF?
Ah, j'oubliais. Le dimanche 10 janvier au soir, soit soixante heures après le dernier flocon, le quai pair de la gare d'Avignon_TGV, astucieusement dépourvu de marquise, n'était toujours pas déneigé.
Plus d'info / source : (1) Il y a long à dire sur les navettes Avignon_TGV - Avignon_Centre, et d'une manière générale sur la desserte par autocar de la gare TGV. Je viderai mon sac une autre fois. (2) Ducros a beau être vauclusien...